Relaxe ou poursuite ? Accusé d’être l’intermédiaire d’un versement de pots-de-vin pour le compte d’une société chinoise aux présidents Idriss Deby du Tchad et Yoweri Kaguta Museveni d’Ouganda, l’ancien chef de la diplomatie sénégalaise, Cheikh Tidiane Gadio, devrait être fixé sur son sort ce lundi 18 décembre. Mais plus qu’à Dakar où la presse sénégalaise et la famille suivent l’affaire de très près, l’audience devrait aussi intéresser à N’Djamena et à Kampala où elle pourrait être décisive.

Ce sont les équipes de Joon Hyun Kim, le procureur pour le district sud de New York qui vont porter la charge lors de l’audience décisive. Face à une liste d’accusations où se côtoient aussi bien le «blanchiment d’argent », la «corruption» que l’«atteinte aux intérêts américains», les conseils de Cheikh Tidiane Gadio, l’ancien ministre sénégalais des Affaires étrangères, vont tenter de décrocher la relaxe de leur client.

Deux versements de 200 000 dollars pour l’intermédiaire présumé

Difficile de pronostiquer l’issue du procès de l’ex-chef de la diplomatie sénégalaise, arrêté le 17 novembre dernier lors d’une visite aux Etats-Unis. Jusque-là en liberté provisoire, mais soumis au port d’un bracelet électronique, Cheikh Tidiane Gadio risque jusqu’à 20 ans de prison au vu de la gravité des faits reprochés. Selon l’acte d’accusation, Cheikh Tidiane Gadio aurait reçu deux virements de 200 000 dollars pour jouer le rôle d’intermédiaire pour le compte Patrick Ho Chi-Ping, mandataire de CEFC China Energy.

L’ancien chef de la diplomatie sénégalaise aurait réussi en 2014, en leur versant respectivement 2 millions de dollars et 500 000 dollars, à obtenir des présidents tchadien et ougandais des avantages commerciaux pour le compte de la CEFC China Energy. Ces paiements qui auraient transité par le système bancaire américain constituent, selon l’accusation, des violations de la Foreign Corrupt Practices Act, la loi américaine anti-corruption.

Proche d’une guerre froide économique entre les Etats-Unis et la Chine pour le contrôle du pétrole tchadien ou dans les banques et le secteur énergétique ougandais, «l’affaire Gadio»sera aussi scrutée par Idriss Deby Itno du Tchad et Yoweri Museveni d’Ougandas, tous deux cités comme bénéficiaires présumés des pots-de-vin. Le président tchadien a publiquement rejeté en bloc ses accusations, y voyant même une tentative de déstabilisation du Tchad.

Une audience décisive

C’est dire donc que le verdict de l’audience liminaire de Cheikh Tidiane Gadio face à son juge new-yorkais, intéresse au plus au haut niveau les capitales africaines comme Dakar, Ndjamena, Kampala et leurs chancelleries au pays de Donald Trump. La relaxe de l’ancien ministre sénégalais des Affaires étrangères signifierait la fin de cette affaire, pour laquelle l’accusation a dû mal à faire passer pour de la corruption de chef d’Etat, les « pots-de-vin » étant présentés comme des « dons ».

Par contre, l’inculpation du fondateur du Mouvement panafricain et citoyen Luy Jot Jotna (MPCL) devrait éclabousser deux chefs d’Etat africains et deux ministres des Affaires étrangères – ceux de l’Ouganda et tchad – et permettre d’aller dans le fond d’un dossier qui n’a pas fini de provoquer un tollé politico-médiatique. De l’issue de cette audience, dépendra peut-être la lumière sur cette sombre affaire de corruption présumée .

Par Ibrahima Bayo Jr.  (Tribuneafrique)

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