les systèmes de gouvernance et de sécurité aussi bien officiels que traditionnels d’un grand nombre de pays ouest-africains sont exposés à la menace des cartels internationaux de trafic de drogue.

Dans certains pays, la drogue ainsi que les trafiquants ont fini d’avoir la haute main sur les services de sécurité et de justice au point de lier les mains des gouvernants. C’est le cas du Mali avec l’affaire du crash de l’avion surnommé « Air Cocaïne » d’où cette citation d’un certain Daouda Coulibaly : « La drogue a déstabilisé tout le Mali ».

En Guinée Bissau, selon le journal français Le Figaro, l’attentat du président Nino Viera surnommé « Nino Cocaïne » porterait la marque des trafiquants de drogue colombiens. Le parti de Vieira, aurait été particulièrement impliqué dans ce trafic, qui mouille une grande partie de la classe politique de Guinée-Bissau, renseigne la même source. Un attentat considéré comme une mesure de représailles contre la destitution, en août 2008, du chef de la marine nationale, accusé de couvrir le trafic.

Selon les archives de l’Office central de répression du trafic illicite des stupéfiants (Ocrits) Dakar constitue simplement un point de passage de la drogue en provenance le plus souvent de la ville brésilienne de Rio via le Cap-Vert, principale voie de transit. Ou encore une zone alimentée par un réseau opérant sur l’axe Dakar-Bamako, qui achemine la cocaïne par chemin de fer du Mali au Sénégal et, avec comme principaux passeurs des Nigérians et des Ghanéens.  Ce qui expliquerait cette présence massive de ce stupéfiant dans le pays et les nombreuses saisies et arrestations que cela entraine.

Dans d’autres cas, les incidents liés au trafic de drogue ont servi à favoriser la légitimité des dirigeants officiels et d’autres leaders d’opinion impliqués dans le trafic de drogue. Selon certaines enquêtes, le réinvestissement des bénéfices issus de la drogue dans la communauté génère non seulement un capital social et politique considérable, mais apporte aussi un soutien et des services absolument nécessaires dans des secteurs où le gouvernement brille par son absence. Cet aspect peut avoir une incidence particulière au niveau local, où les services publics et les ressources sont limités et les citoyens cherchent à subvenir à leurs besoins par n’importe quel moyen.

Malgré la sévérité de la loi 2007-31 du 27 Décembre 2007, portant modification du code des drogues, aussi bien les agents de l’ORCTIS, que ceux des autres entités intervenant dans la lutte contre le trafic de drogue, il reste beaucoup à faire, notamment les outils à concevoir pour mettre les personnels à l’abri de la corruption et surtout les protéger ainsi que leurs familles. C’est ainsi que nous étant approchés d’un ancien directeur de cet office, qui a requis l’anonymat, nous a déclaré avoir eu la surprise de sa vie en se rendant à un sommet des chefs de police luttant contre la drogue à Rio au Brésil. En effet, ce dernier précise « alors que j’éprouvais des difficultés pour avoir un billet me permettant de me rendre à cette manifestation à Rio, mon collègue gabonais qui était dans le même hôtel que moi avait non seulement sa famille à ses côtés mais également une garde rapprochée. Des conditions que n’auraient même pas certains ministres sénégalais. Je ne parle même pas des émoluments et autres avantages liés à sa charge ».

Si un directeur général de l’ORCTIS se plaint du désavantage financier ou logistique lié à sa position, qu’en est-il des agents qui sont régulièrement au contact de l’argent et des trafiquants. Quand on sait que contrairement aux autres structures en charge de la lutte contre la drogue qui bénéficient d’avantages et de primes ou autres indemnités de saisies, le personnel de l’ORCTIS ne disposeraient ni d’indemnités, ni de prime de saisie ou d’intéressement. N’est-il pas temps pour lutter efficacement contre la corruption et assainir les services intervenant dans la lutte contre la drogue, de mettre en place un dispositif légal où les agents de même que leurs unités soient régulièrement récompensés en fonction des saisies opérées. Ceci est le seul gage pour éviter des cas comme celui d’Ibrahima Dieng ou d’autres qui sont inconnus du grand public.

 

Yaye Moussou Traoré

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