L’image date de presqu’une année: on y voit Yaya Jammeh au milieu de champs dans sa retraite en Guinée Equatoriale. Pour la légende, on avait retenu que l’ex-dictateur gambien, déchu, s’était reconverti en agriculteur, sa passion de toujours. Les plus sceptiques, dont nombre de Gambiens, avaient crié à la diversion. Leurs arguments ? Yaya Jammeh n’est pas homme à se résigner ni à se complaire d’une retraite «dorée» au milieu des vergers équato-guinéens. C’est un militaire autoritaire, imbu de sa personne, rancunier, petit d’esprit et qui ne cessera de détester le Sénégal. Pays frontalier…qui lui a fait perdre le pouvoir au profit d’Adama Barrow. Quel rapport avec l’actualité ? Il nous revient que parmi les pistes dégagées quant à la tuerie de 13 personnes, de ce week-end à Bofa-Bayote (Casamance), il n’est pas à exclure la main de Yaya Jammeh. Pour l’heure, il est encore difficile de faire le lien entre ce carnage abominable et l’enfant de Kanilaye. Les sources trouvent leurs relais dans le nébuleux de ce dossier aux milles rebondissements.

Première réaction du gouvernement sénégalais : condamner fermement cette tuerie, promettre de faire la lumière sur ce drame et de poursuivre en justice les auteurs des faits, décret de deux jours de deuil national et renforcement de la sécurité militaire en Casamance. C’est là le premier réflexe de tout régime normal. Mais l’Etat sénégalais avait-il pris les devants depuis la chute de Yaya Jammeh. Ne s’est-on pas laissé endormir par un semblant de paix relatif à la chute de l’ancien dictateur gambien ? L’avenir proche le dira tant les langues vont se délier et les masques encore tomber. Pour le moment, le sentiment le plus diffus est celui d’un retour en arrière. En attendant les premiers éléments de l’enquête, l’enjeu est de n’écarter aucune piste. Même celui menant en Guinée Equatoriale.

Le Mfdc s’est tout de suite démarqué de la tuerie de Bofa. «L’aile politique qu’elle soit intérieure ou extérieure, se démarque totalement de cet acte odieux commis…», condamne Omar Ampoy Bodian, chargé de mission du mouvement. Le mouvement indépendantiste, qui n’a jamais cessé depuis de «discuter» avec le régime en place sur la question de la Casamance, révèle ne pas accepter de tels actes inhumains. L’indignation a fait place à une volonté du MFDC de prouver au Sénégal qu’il n’est en rien impliqué dans ce drame qui sape la paix. «Personne ne peut accepter cela», poursuit le mouvement dans son communiqué. Tout en promettant dans les prochains jours d’envoyer une mission dans le maquis pour s’enquérir de la situation déplorable survenue dans cette zone. «Nous prendrons toutes nos responsabilités s’il s’avère que nos hommes sont impliqués dans ce massacre…», termine le communiqué du MFDC. La nuance sur ce dernier point est à relever tant le mouvement indépendantiste ne semble pas exclure que le massacre puisse provenir de ses éléments. En relation avec Yaya Jammeh ?

En plus de l’ancien dictateur gambien, les regards se tournent tous du côté de Cesar Atoute Badiate. Le rebelle qui s’est autoproclamé «Commandant suprême» du maquis aurait joué un rôle fondamental dans cette tuerie qui s’est déroulé dans la zone sous son contrôle. Pourtant moins radical que Salif Sadio, l’autre leader de l’aile dure du MFDC plus en accointance avec Yaya Jammeh, Cesar Atoute Badiate tirait son beurre des négociations avec le gouvernement sénégalais pour un retour définitif en Casamance. Quel intérêt aurait-il à raviver la «guerre» ? Il est évoqué de sourdes questions de jalousies avec l’autre aile contrôlée par Salif Sadio et des promesses non tenues par le gouvernement sénégalais. Où se trouve la vérité ? Dans sa retraite dans la forêt équato-guinéenne, rien ne dit que Yaya Jammeh soit insensible à tout ce chamboulement qui viendrait lui rappeler ses heures de gloire. Quand il faisait la pluie et le beau temps en Gambie et qu’il tirait les ficelles de la crise casamançaise.

E.K./XAMLE

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