En allant présenter ses condoléances hier à Touba, à l’occasion du rappel à Dieu de Serigne Sidy Moctar Mbacké, Macky Sall a «donné» des leçons de démocratie et d’esprit républicain à l’opposition. Leur rappelant leur devoir en de pareilles circonstances d’oublier les querelles et calculs politiciens pour porter le deuil. Tel le président Wade, en ses heures de gloire, le leader de l’APR, devant des membres de son gouvernement, le désormais Khalife de Touba et un parterre de Mbacké-Mbacké, jouait hier au chef de famille qui veut distribuer la bonne parole et les bons points. Il a reçu ce qu’il était venu chercher à Touba malgré la conjoncture : un satisfecit de la part du nouveau Khalife général des mourides, Serigne Mountakha Mbacké. A quelques mois de l’élection présidentielle, refaire acte d’allégeance est un geste hautement symbolique. Et politique.
Macky Sall manœuvre comme tout président ou chef de parti arrivé en fin de mandat. Pour lui, renouveler son bail avec les Sénégalais vaut tous les sacrifices. Le réflexe de conservation du pouvoir n’échappe pas à son vieux flair de politicien avide de raccourcis et de succès. Le leader de l’Apr commence à compter ses bons et mauvais points politiques. Ayant réussi à fédérer autour de lui les têtes de pont de son parti, il lui reste dans les mois à venir à redescendre à la base résorber les dernières résistances des frustrés. L’intendance suivra avec ses collaborateurs et camarades de parti. Ce dernier, massifié aujourd’hui comme tout bon parti au pouvoir, porte en lui les atouts et inconvénients d’une formation jamais structurée. L’heure n’est plus à l’organisation stratégique purement interne du côté de l’APR. Macky Sall ne le dira pas mais en l’état actuel, les choses l’arrangent plus que d’habitude. La lecture est simple : avec des alliés fragilisés, un parti debout et une opposition divisée, il est en tête de course. Mais….
La récente transhumance d’un Sada Ndiaye n’aurait pu se faire sans l’onction de Macky Sall. Entre eux, les inimités encore récentes auraient pu avoir raison de toutes les retrouvailles politiques possibles. L’ancien député libéral est allé tellement loin dans sa haine du Macky que les esprits critiques ont pu être atteints dans leur chair. Le précédent Sitor Ndour est là pour rappeler que le terrain politique n’est pas un jardin d’enfant et que souvent les glissades ou tacles assassins peuvent se transformer en passes décisives. On en est là : cette situation arrange le leader de l’APR qui, dans sa quête politique de s’entourer du maximum de garantie, n’hésitera pas à accueillir Sada Ndiaye et tous les autres «parias». Tanor Dieng et Moustapha Niasse, les «fidèles» alliés devraient garder leurs arrières et se méfier. Après avoir sacrifié leurs partis respectifs sur l’autel d’un dévouement à Macky Sall, ils pourraient encore être menacés par la venue en masse de ces transhumants éminemment politiques.
Comme à la belle époque de la Wadie, on attend de voir la botte secrète de Macky Sall en de pareilles circonstances où l’heure appelle aux calculs politiques. L’échéance de 2019 est en partie tributaire du procès de Khalifa Sall et de ses conséquences. Les raccourcis voudraient que l’issue décide du scrutin de mars 2019. Dans les deux camps, Benno Bokk Yakaar comme l’opposition proche du maire de Dakar, personne n’en sortira indemne. Macky a pour lui de détenir le pouvoir. Khalifa Sall et tous les autres ont pour eux de compter sur l’insondable…des votes. Qui disait que les jeux sont déjà faits ?

E.K./XAMLE

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