Le récent drame de Bofa Bayote en Casamance est revenu rappelé au Sénégal entier que l’équilibre est fragile dans la zone sud du pays. Avec ce carnage, où une quinzaine de personnes ont été tuées, les commanditaires ou meurtriers sont venus saper plusieurs années d’accalmie teintées de nombreuses négociations entre l’Etat du Sénégal et les différentes factions indépendantistes. Cet événement tragique, qui continue de narguer les efforts pacifiques des uns et des autres, est indissociable des causes originelles de la crise casamançaise. Les colombes comme les faucons de ce bourbier sudiste empêtré dans le ventre du Sénégal ont de la matière en ce moment. Comme un semblant de fin de toutes les illusions sur ce conflit qui tenaille le Sénégal.
Les analystes militaires comme les renseignements généraux n’auront rien vu venir. Le drame de la forêt de Bourofaye a surpris aussi bien les Casamançais que le Sénégal dans son ensemble. Depuis plus d’une décennie, on croyait le conflit éteint. Depuis Wade jusqu’à Macky, des efforts ont été consentis, des compromis trouvés et des raisons de croire à la paix franchies entre l’Etat du Sénégal et les rebelles casamançais. Ces dernières années, parler de crise casamançaise relevait même de la paranoïa. Le Président Diouf, qui s’était évertué à donner une consonance militaire à l’affaire, avait cédé le pouvoir à Wade qui avait donné au conflit et négociations un cachet beaucoup plus «cash». Vint Macky Sall qui héritera d’une trentaine d’années d’une crise casamançaise rattrapée par l’usure de la «guerre» et des négociations interminables entre le «Sénégal» et la «Casamance». Entretemps, le MFDC dans son grand ensemble avait fini de se déchirer pour des raisons idéologiques, stratégiques, pécuniaires et identitaires. Il en restera quoi ?
Après le drame du 06 janvier dernier, les langues ont commencé à se délier. Le maquis, touché en son cœur par un drame qui ne peut pas le laisser indifférent, a réagi en deux temps. Dans le premier, les rebelles ont condamné de façon officielle cet événement tragique. Dans le deuxième temps, l’aile politique du MFDC a tourné les regards vers l’aile militaire du mouvement indépendantiste. Comme pour signifier à tous sa culpabilité à prouver dans la tuerie de Bofa Bayote. Omar Ampoi Bodian, proche de Cesar Atoute Badiate et porte-parole du MFDC, n’a pris aucun gant récemment pour mettre tout le monde devant ses responsabilités. L’Etat, une partie du MFDC, les cadres casamançais comme les négociateurs internationaux.
Est-on revenu au point de départ ? Dans sa dernière allocution à la Nation, le 31 décembre 2017, le Président Macky Sall ne croyait pas que ses vœux pour une paix définitive en Casamance allaient aussi vite être noircis par ce sombre tableau. Lui, comme Diouf et Wade hier, a intérêt à résoudre définitivement la crise casamançaise. A quelques mois de la fin de son mandat, Macky Sall redécouvre cette patate chaude qui a brûlé les doigts à ses prédécesseurs. Si ce n’est la fin des illusions sur le retour de la paix en Casamance, cela y ressemble fort.

E.K/XAMLE

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