Fishermen at work in artisanal fishing pirogues with seine nets off of the Senegalese coast, Kafountine, Casamance.

De manière cyclique, les relations sénégalo-mauritaniennes sont sujettes à des tensions et remettent en cause un équilibre jusque-là relativement instable. Aujourd’hui comme hier, du sang a encore coulé, un jeune sénégalais a perdu la vie, des dégâts matériels déplorés. Et dans le lot, une ville, Saint-Louis, dont le calme et la douceur de vie légendaire est un exemple de sociabilité, a été gravement secoué. Le pouvoir, par ses démembrements locaux, a semblé être débordé par la violence et l’intensité des événements qui ont même surpris certains observateurs. Les réactions de l’autorité administrative locale ont reflété une sorte de désarroi face au comportement, tout sauf amical, des Mauritaniens qui ne semblent attacher aucun prix à la vie humaine, aucune considération pour les relations de voisinage entre deux pays et deux peuples que l’histoire et surtout la géographie condamnent à une coexistence inévitable.

Au surplus, la réaction de nos autorités policières ne semble pas avoir été marquée du sceau de la modération face à leurs propres compatriotes. L’autorité administrative de la région l’a déploré vertement et sans langue de bois en appelant à plus de retenue et surtout de tact face à ce traumatisme qui a affecté des populations réputées pacifiques par excellence. Quid de la réaction de l’autorité centrale ? Au-delà des condamnations traditionnelles et du déplacement du ministre chargé de la Pêche, le ministre de l’Intérieur s’est également rendu à Saint-Louis. Plus surprenant encore, il a été décidé l’envoi d’un patrouilleur de la marine nationale.

Arrêtons-nous à cette dernière décision et la mission que cette unité navale est censée mener. Protéger, nous dit-on, les pécheurs sénégalais contre les exactions des garde-côtes mauritaniens ! Vous avez bien lu !!! La question, et la seule à ce sujet, est la suivante : où commence et où s’arrête cette protection ? Car pour autant qu’on l’on sache les incidents qui opposent depuis des années nos compatriotes pécheurs et les garde-côtes mauritaniens se déroulent bel et bien le long des cotes de ce pays et où s’exerce évidemment sa pleine souveraineté.

Que faut-il alors comprendre ? Soit que cette unité navale sera positionnée beaucoup plus pour empêcher nos pécheurs de rejoindre les cotes mauritaniennes et dans ce cas, connaissant leur témérité et surtout le caractère vital de ces eaux pour la survie de leur activité, ce ne sera que déplacer le malaise pour en faire un problème sénégalo sénégalais.
Quant à l’autre éventualité, c’est-à-dire protéger nos compatriotes au delà de nos eaux territoriales, cela relèverait d’une décision pour le moins surréaliste. Ni les lois internationales ni la raison n’autorisent à lui donner un quelconque crédit. Donc pourquoi cette annonce fracassante ? Les raisons dans cette période précise sont multiples.

Tout d’abord, cet événement survient au moment où beaucoup parmi les populations qui, hier, exprimaient bruyamment leurs frustrations, avaient l’esprit tourné vers la venue du président français Emmanuel Macron et semblaient porter certains espoirs d’intermédiation de ce dernier entre eux et les autorités mauritaniennes. Pour nombre d’entre ces pécheurs sénégalais, une lueur de règlement réel ou illusoire était perceptible et ils entrevoyaient déjà la possibilité d’obtenir de nouveau les fameux «sésames» licences de pêche.

Ensuite pour eux et surtout pour les autorités préoccupées par l’organisation de l’accueil de l’hôte français, cet événement tragique sonne comme un réveil brutal surtout comme une mauvaise publicité. Peut-être même la fin des espérances des pécheurs sénégalais quant à leur avenir. Au demeurant, c’est un coup porté aux autorités dans leur désir de donner au président français et aux autres personnalités cette image lisse de Saint-Louis qui fait la réputation de la vielle ville.

Enfin l’annonce de l’envoi de ce navire de guerre peut relever du symbole comme moyen de manifester la force de l’Etat et sa capacité à sécuriser ses populations en tous lieux ou plus implicitement une adresse au voisin du nord appelé à la retenue. En réalité, ne paye-t-on pas encore la rançon de notre politique attentiste et, plus encore, celle du pourrissement noté dans la prise en charge de maints domaines de la vie nationale ?

Depuis très longtemps le secteur de la pêche d’une manière globale est loin d’être pris en charge. Qu’est ce qui peut être constaté au-delà de ce problème ponctuel avec les mauritaniens ? L’Etat sénégalais, à travers ses gouvernements successifs, emploie les mêmes méthodes : attentisme et réaction (toujours tardive par essence). Quand une autorité parle d’anticipation, c’est pour tout de suite la voir retomber dans le train-train de la gestion au quotidien.

Comprenons-nous : nous sommes loin de nier les actions de l’Etat vers le secteur de la pêche : achat ou subvention de moteurs, de camions frigorifiques ou d’équipements (gilets par exemple), constructions d’aires de débarquement, etc. Cependant, la pêche n’attend pas seulement ces mesures marquées souvent, d’ailleurs plus, par des pratiques de politique politicienne que par une éthique de gestion républicaine des deniers de tous, sans considération d’obédience quelconque.
La pêche sénégalaise attend des décisions fortes, des programmes d’envergure au vu d’abord de son importance sur l’économie sénégalaise comme générateurs des fameux emplois devenus si rares sous nos cieux.

A ce sujet, un tour à Guet Ndar, à Mbour, à Kafountine ou dans les iles du Saloum sans oublier Dakar, Kayar et d’autres lieux de pêche réputés, donne un aperçu clair de toutes ces populations qui gravitent autour de ce secteur, qui en vivent et en font vivre. Dans ces lieux et au-delà, l’emploi ne se conçoit pas en dehors de la pêche. Nombre d’élèves ou même d’étudiants abandonnent le chemin des classes ou des amphithéâtres pour les pirogues traditionnelles faute d’embarquement dans quelques chalutiers ou thoniers.

Pour revenir sur le cas de Guet Ndar, épicentre du conflit actuel, la pêche y est plus qu’une simple activité génératrice de revenus : c’est un mode de vie. On peut alors comprendre pourquoi cette atmosphère d’intifada. Au demeurant, la pêche, si elle n’occupe plus les premières places comme il y a quelques décennies, n’en garde pas moins une importance notable dans notre produit intérieur brut. Dans cette époque de difficultés de tous ordres, surtout alimentaires, l’apport nutritionnel de la pêche constitue une bouée de sauvetage pour beaucoup de ménages (malgré la rareté et la cherté de plus en plus prononcée de la denrée).
Pour toutes ces raisons et d’autres aussi importantes, un gouvernement responsable devrait faire de véritables états généraux de cette activité en sollicitant l’expertise de Sénégalais et d’autres pour sortir de ce cycle très véreux. Et éviter d’autres incidents de ce genre.

XAMLE

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