Sénégal, pays des paradoxes où à longueur de jours et de semaines, on tord le coup aux schèmes les mieux établis et acceptés de par le monde après les avoir pourtant consacrés officiellement. Examinons cela en nous penchant sur l’état de la justice dans notre pays hier et aujourd’hui.

L’état de droit au regard des textes qui le régissent généralement y semble vivre des jours heureux et paisibles tant l’architecture juridique en reflète l’essence ; même les dernières générations des nouveaux droits y sont pris en compte au plan des textes à la vitesse grand V. Notre pays ne manque jamais d’être au premier rang de ceux qui signent ces textes et même s’en font les pionniers, notamment en Afrique.

Quant à notre personnel de justice. Rien à dire, sinon que leur mérite a été déjà reconnu et salué dans tant de pays et d’instances internationales qui ne manquent aucune occasion de faire appel à leur expertise.

Alors, pourquoi au regard d’un tableau aussi idyllique, ne constate t’on, par ailleurs, une unanimité des Sénégalais dans le rendu de la justice de leur pays ? Pourquoi cette grogne sourde des uns et ses cris d’orfraies des autres, et plus encore. Quand les populations, elles, expriment leur mécontentement et ne se gênent pas de proclamer leur défiance quand aux actes posés quotidiennement mais surtout dans des affaires où l’opinion est prise complètement à rebrousse poil, bien des membres du corps judiciaire de leur coté manifestent une colère à peine contenue. toutes corporations confondues.

Aujourd’hui la revendication la mieux partagée chez les magistrats par exemple n’est autre que leur désir d’indépendance vis-à-vis de toute tutelle en particulier celle pesante de l’exécutif symbolisé par le président de la république et le ministre de la justice.

Vous avez dit indépendance ! N’est ce pas le maitre mot, le remède au mal qui gangrène notre justice qui empêche le tableau peint ci-dessus d’être vraiment idyllique ?

En effet comment comprendre que des magistrats aussi chevronnés que les nôtres dont l’expertise incontestable s’est illustrée au-delà de nos frontières et cela, dés après notre accession à la souveraineté internationale, puissent être aussi impuissants ou silencieux face à ces pratiques si peu orthodoxes et qui heurteraient même les esprits les moins sensibles.

Comment accepter de jouer le jeu de pouvoirs qui, parce qu’investis de l’autorité que confère le suffrage universel, peuvent jeter l’opprobre sur n’importe quel citoyen sans considération aucune, embastiller les uns, dépouiller les autres et suprême dérapage, pour le moins, forcer à l’exil ses propres citoyens qui n’ont commis aucun crime.

Comment accepter de voir des citoyens complètement démunis contre le véritable rouleau compresseur d’un Etat mis au service d’une liquidation systématique d’hommes et de femmes dont le mérite, naguère salué de serviteurs de l’Etat ,n’est plus que légende.

Comment participer à de vrais dénis de justice quand une instruction n’est, en réalité, qu’à charge, voir cette expérience malheureuse d’une cour de répression de l’enrichissement illicite C R E I qui, de sa réactivation en 2012 à maintenant 2018, n’a servi en réalité qu’à éliminer une personne et une seule Karim Wade ?

Fils du président sortant Abdoulaye Wade désigné peut-être même à son corps défendant comme le principal adversaire à abattre, Karim Wade, selon des sources dignes de foi était tellement pris au sérieux par le nouveau pouvoir tous groupes confondus de la mouvance principale, et considéré comme l’empêcheur de «gouverner en rond« et surtout de conserver éventuellement le pouvoir.

Beaucoup de ceux qui nous gouvernent aujourd’hui l’ont pratiqué (au premier rang desquels le chef actuel de cette mouvance) et connaissent dans le détail ses capacités, son expertise et son potentiel en terme de relations n’ont eu de cesse d’œuvrer à son élimination du champ politique.

Qui plus est, les faiblesses que la plupart de ces adversaires déguisés trainaient, Karim Wade en était épargné, conséquence naturelle d’un parcours complètement différent dont certains ne mettaient en évidence que des aspects périphériques d’un Karim incapable de s’exprimer dans les langues locales et principalement le ouolof.

Qu’on ne nous parle surtout pas du cas d’Abdoulaye Balde dont l’instruction a juste connu un début de mise en œuvre et des autres qui figuraient sur la fameuse liste des 24 jetés en pâture à l’opinion nationale et internationale ; ils n’étaient en vérité que la poudre au yeux ou les dégâts collatéraux d’un combat pour museler un adversaire qu’on savait d’un calibre supérieur.

Notre regard s’est appesanti sur le cas Karim Wade surtout à la lumière de cette dernière actualité (ce fameux document de la banque mondiale qui n’a pas encore révélé tous ses dessous et qui, dans un pays normal ,pourrait engendrer un véritable cataclysme en touchant le sommet des institutions) ; on peut déjà évoquer une entrave évidente à la manifestation de la vérité et d’autres délits subséquents.

Le cas du maire de Dakar Khalifa Sall, retenu dans les liens de la prévention et dont le procès vient de démarrer, est illustratif aussi de cette difficulté à se conformer aux schèmes pourtant acceptés par l’Etat : donner par exemple le droit à un parlementaire de jouir de l’immunité que la loi lui confère sans préjudice pour l’action judiciaire qui peut se dérouler librement jusqu’à terme.

Certes dans ce cas ce sont deux pouvoirs : le judiciaire et le parlementaire qui sont en interaction mais cela ne devrait pas empêcher, bien au contraire, le citoyen de bénéficier de ce que la loi lui accorde.

C’est, au même moment, la même justice sénégalaise qui refuse de prendre ses responsabilités ou les prend d’une manière biaisée dans des affaires qui affectent les Sénégalais dans leur majorité (affaire du centre des œuvres universitaires de Dakar et d’autres similaires mais surtout l’affaire Petrotim et toutes celles liées à la gestion de nos ressources naturelles etc.).

Dans bon nombre de ces cas, la justice ne semble pas être la nôtre et roule pour des intérêts autres que les nôtres. On attrait devant les tribunaux qui on veut et on protège qui on souhaite épargner. Est-ce à une telle justice qu’on a confié notre sort ?

Donc derrière le tableau offert à la consommation internationale (des lois bien faites, des magistrats de renom hier comme aujourd’hui) il y a matière à vraiment désespérer si nous ne savions pas qu’il y a encore des hommes et des femmes de vertus et de valeurs qui, un jour, prendront leur autonomie totale dans le respect réel de nos institutions et nous donneront une justice à la mesure du génie de notre peuple.

 

XAMLE

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