Dans le discours que le président Macky Sall a prononcé le 31 décembre, la nouvelle année « 2018 » est supposée être « une année sociale», celle de la priorité à donner aux classes dites «défavorisées» (les jeunes , les femmes et les victimes de handicap). Ces propos du chef de l’Etat n’allaient assurément pas manquer de susciter des commentaires mais surtout des interprétations pas tant pour le contenu, somme toute très explicite, mais plutôt pour les intentions qui pouvaient se cacher derrière ce choix et plus encore ces choix.

La première question pourquoi précisément 2018 année dite sociale comme si d’autres années devaient pouvoir être autre chose que sociales ; comme si les jeunes, les femmes ou les victimes de handicap devaient attendre qu’on leur octroie une année particulière et une seule sur un mandat de sept ans du président de la république (durée obtenue grâce à la bénédiction d’un conseil de cinq dits sages).

La seconde et non moins évidente question qui contient d’ailleurs sa propre réponse : pourquoi 2018 année préélectorale ; la question n’est d’ailleurs pas tant pourquoi ce choix mais le proclamer d’une manière aussi peu «subtile» selon certains et peut être peu «prudente» selon d’autres.

Pour certains observateurs, le président, candidat à sa succession, n’avait peut être pas le choix, d’abord au vu de son maigre bilan global (malgré les exorcismes en tous genres ou méthode Coué) mais surtout par rapport aux attentes de ces catégories, en particulier les jeunes et les victimes de handicap.

Faut il rappeler à propos des jeunes que, s’il y a une catégorie qui a été la plus grugée, c’est la leur à laquelle on avait promis les «fameux 500.000 emplois pendant le mandat.

Qu’ont-ils obtenu en réalité ? Des chiffres, des tas de chiffres depuis les premiers débités par l’ancien ministre du travail Mansour Sy à peine deux ans après l’arrivée au pouvoir de son président jusqu’à ces derniers défendus sur les plateaux de télévision pendant les débats d’après discours du président Sall de ce 31 décembre 2017.

Ces déclarations n’ont pas cessé, au point de donner l’impression d’une cacophonie qui devait forcément engendrer des absurdités et incongruités avec des écarts invraisemblables de chiffres selon leurs origines avec à la clé des tentatives d’explications très alambiquées. Dans leur volonté d’intoxiquer les populations et, surtout pour certains, de gagner la bataille de la surenchère «intra coalition au pouvoir», certains sont tombés dans l’excès jusqu’à ces derniers mois ou la grosse ficelle, à l’origine de ces chiffres, a été mise à nu.

Des observateurs neutres ont pu démontrer que ces chiffres provenaient essentiellement de l’addition de contrats déposés au niveau des services du ministère du travail durant ces années. Ainsi une même personne pouvait faire l’objet de X recrutements sur la base de contrats renouvelés dans la même entreprise Y. A ce jeu (de dupes en réalité) tout était possible, y compris d’arriver au double de la promesse du candidat Macky au moment précisément ou la denrée la plus rare dans ce Sénégal n’est autre encore aujourd’hui que l’emploi. Pour bien des jeunes d’ailleurs tout ce cinéma à propos de supposées créations d’emplois, de fonds donnés à des jeunes potentiels créateurs d’emplois (souvent dans un folklore indécent), avait fini de leur donner le dégout pas seulement pour ce pouvoir, mais pour tous les pouvoirs capables de leur tenir des discours aussi lénifiants pour de si maigres résultats.

Alors quel discours pourrait on encore tenir à ces désenchantés et non moins faiseurs de roi ? Comment les gagner encore à sa cause sinon par la surenchère qui commence par cette grosse proclamation en ce jour symbolique du 31 décembre.

Quel en sera le résultat ? L’avenir nous le dira mais, pour l’heure, notre objet est autre que de gloser là-dessus.

Aujourd’hui ce sont les «conséquences» quasi immédiates et quelque peu attendues, au moins par les simples observateurs neutres, qui nous préoccupent. C’est d’abord la réaction des fonctionnaires en général et des syndicats des secteurs sociaux (éducation, santé) en particulier. D’autres qui ont aussi maille à partir avec l’Etat commencent d’ailleurs à leur emboiter le pas (concessionnaires du nettoiement, agents de surface) jusqu’à des membres du secteur des transports (pourtant du privé) et la liste est loin d’être exhaustive.

 

Pour le cas des fonctionnaires. en particulier les enseignants, le régime actuel devait s’y attendre pour au moins une raison : l’espèce de contrat de confiance, qui les liait, a atteint ses limites et les enseignants se sont rendus compte qu’on avait abusé de leur bonne foi. Leur patience, leur attente de près de deux ans (pratiquement aucune grève) n’avaient servi qu’à donner le sentiment au pouvoir de Macky Sall de jouir d’une sorte de baraka qui se chargerait de «ligoter» leurs interlocuteurs et de tuer dans l’œuf toute velléité de revendications.

En réalité on vient de s’apercevoir que c’est à un véritable marché de dupes qu’on a assisté depuis deux ans pour les uns et plus encore pour d’autres secteurs.

Les explications ne tirent pas leurs origines des mêmes sources ; si, pour les jeunes laissés en rade, c’est d’abord l’incurie d’un pouvoir incapable de mettre en place de vrais programmes générateurs de vrais emplois durables et gratifiants, pour les secteurs comme l’éducation ou la santé c’est une volonté manifeste et des choix très opportunistes et démagogiques de les priver du fruit de leur labeur au motif qu’ils ne sont pas les seuls à devoir être servis par l’Etat central. Ce faisant, le régime de Macky Sall agit avec ces secteurs comme s’ils réclamaient plus que ce qui leur est normalement du, en essayant au passage de les mettre en mal avec le reste de la population.

Qu’est ce que les Sénégalais peuvent attendre de ce face-à-face entre ces protagonistes ? Rien de bon, sinon une énième tentative de conciliation mais de qui ? Certaines bonnes volontés des milieux religieux se sont quasiment auto exclues. Les uns par défiance avec l’Etat qui les a grugés au même titre que les enseignants, les autres d’une manière paradoxale pour avoir pris position pour ce régime parce que satisfaits de ce qu’ils nomment «les réalisation» dans les foyers religieux comme si ce Sénégal se résumait à cela.

En réalité, pour tous les membres des secteurs sociaux, la fameuse année sociale du pouvoir visait d’autres Sénégalais qu’eux. En témoignent ces distributions de prêts-dons-subventions (on ne sait trop) démarrées déjà aux quatre coins du pays et qui donnent en vérité l’image d’une campagne électorale à peine déguisée (voir la parade, façon face à face de lutte, avec le ci devant frère du président maire, président des maires, directeur et supposé gardien sinon de la constitution du moins de nos ressources (quel crédit lui accorder surtout avec tout ce tumulte autour du fameux Pétrotim)

Année sociale vous avez dit monsieur le président ! Chiche ! Mais elle sera pour tous ou elle ne sera pas !

 

XAMLE

 

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