Le Sénégal est à tous égards un pays fort étrange et qui se prête volontiers à une étude de comportement en particulier dans ses rapports avec ce que l’on nomme démocratie tant les expériences qui s’y déroulent depuis au moins deux décennies peuvent rendre perplexes maints observateurs. Pour d’aucuns la démocratie s’y est tellement acclimatée qu’on est déjà passé à autre chose alors qu’aujourd’hui encore des pans entiers de la société sénégalaise vous listent ce qu’ils considèrent comme de vrais dénis de démocratie dont les différents régimes, en particulier l’actuel, se rendent coupables au quotidien. Si les premiers s’agrippent sur le coté gratifiant de l’expression «exception sénégalaise» pour tresser des lauriers à leur pays, les seconds relèvent la même expression dans son sens le plus négatif comme témoin du recul de cette même démocratie au pays de Senghor et Cheikh Anta Diop.

 

Au regard de positions aussi tranchées, il n’est pas sans intérêt de jeter un coup d’œil sur cette querelle qui divise profondément la société sénégalaise pas seulement dans sa partie réellement impliquée dans la gestion des affaires de la cité, mais aussi dans ses strates les plus insoupçonnées. Maintenant avec quels instruments peut on apprécier ce qu’on appelle l’exception sénégalaise qui renvoie le plus souvent à un pays où la démocratie a droit de citer depuis longtemps, au moins bien avant tous ces pays en compagnie desquels le Sénégal a acquis les instruments de sa souveraineté nationale et internationale.

Tout d’abord aucune prétention de réinventer la roue, nous emprunterons des chemins déjà balisés sur l’acceptation du terme démocratie. Démocratie égale liberté d’association, de réunion, de culte, de manifestation mais aussi égalité devant la loi et devant les services que l’Etat doit à tout citoyen etc. Les droits évoqués ci-dessus infèrent un certain nombre d’autres, par exemple celui de briguer, soit à travers des associations, soit en qualité d’indépendant, via le suffrage universel ou tout autre de moyen d’élection ou de désignation, les charges en jeu dans son pays (conseiller, maire, député , président etc.)

En cantonnant cette réflexion au dernier quart de siècle on peut, sans contestation aucune noter que le Sénégal a effectivement franchi un cap important et en utilisant principalement et pour l’essentiel des ressorts internes contrairement à des pays qui sont passés par des conférences nationales ou pire. En effet du code consensuel d’Abdou Diouf (avec l’autorité de feu l’ancien président du conseil constitutionnel Kéba Mbaye) aux différentes élections de l’an 2000 et d’après 2000 (municipales , législatives, sénatoriales) à l’exception notable des catastrophiques dernières élections législatives de 2017, il ne viendrait à l’esprit d’aucun sénégalais de nier la permanence d’acquis indéniables en matière de démocratie.

Pourtant la vérité historique nous oblige à rappeler certains ratés non substantiels cependant et quelques comportements pendant cette période qui ont failli gripper quelquefois la machine, à l’image du boycott des législatives de 2007 par une frange importante de l’opposition ou même un peu auparavant les réserves du parti de l’indépendance et du travail au référendum très consensuel de 2001.

Les droits évoqués ci-dessus ont connu une mise en œuvre réelle qu’autorisait le contexte d’un régime socialiste en fin de cycle et au bout du rouleau après un règne presque sans partage de près d’un demi siècle, mais aussi une opposition qui était en train de réussir la prouesse rare d’accorder ses violons. S’y ajoutait d’ailleurs une situation internationale qui, depuis le sommet de la Baule, poussait à la roue pour implémenter la démocratie en Afrique où les dictatures réelles ou supposées imposaient leur loi.

Alors pourquoi cette énorme sorte de tète à queue ou de sortie de route de ces dernières années ? Pourquoi ces doutes nées d abord d’une organisation désastreuse d’élection couplée à une incapacité manifeste de satisfaire un des droits essentiels du citoyen : recevoir les services de son Etat en temps et heure, (ici l’obtention de sa carte d’identité devenue un véritable serpent de mer pour bon nombre de Sénégalais) ? Dans le même temps certains autres Sénégalais sont confrontés quant à eux à des situations qui symbolisent un recul certain de la démocratie et cela surtout dans ces fondements les plus essentiels en particulier l’égalité des citoyens devant la justice.

Depuis 2012 par exemple, nous assistons impuissants à une utilisation immodérée de la puissance, que le suffrage universel confère à l’exécutif en la personne du président de la république, pour chercher quasiment à dévoyer la démocratie sénégalaise tout en se drapant du manteau de justicier et de chantre d’une gestion vertueuse transparente et autre slogans comme certains les adorent.

Un des piliers fondamentaux de toute démocratie, l’existence d’une opposition est quasiment rejetée et combattue sans prendre de gants, la prison étant devenue «l’hôtel zéro étoile» affecté à tout opposant déclaré ou potentiel. Le Sénégal est devenu même pour les opposants une grande prison à ciel ouvert où l’exécutif n’a cure de respecter même les lois supranationales qu’il a paraphées de son plein gré et qui lui intiment de respecter les droits de ses propres citoyens.

Autre recul substantiel qui peut faire même désespérer nos partenaires les moins regardants : notre pays en est arrivé à ne plus pouvoir organiser des élections avec zéro contestation (un acquis des années 90- 2000 qui ne demandait qu’à être pérennisé).

Quelle honte pour notre pays qui envoie ses experts électoraux organiser ou superviser brillamment les élections de tant de pays et devoir recourir à des étrangers si brillants pour auditer son fichier électoral !!! Voila peut être l’image la plus achevée de ce qui, pour certains, illustre l’exception sénégalaise dans ce qu’elle a de plus démoralisant. Le Sénégal qui sait prendre les meilleurs départs et qui pourtant risque bien souvent de finir comme le dernier de la classe. Pourquoi cette greffe de la démocratie est elle si longue et si difficile ? Est-elle simplement possible au vu de tout ce qui se déroule sous nos cieux, en commençant par tous ces actes et paroles du premier des Sénégalais depuis son élection et qui laissent si peu d’espoir ?

XAMLE

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