Des jeunes et un militaire dans les rues de la capitale du Maroc, Rabat, le 12 septembre 2018.© FADEL SENNA / AFP

Il avait déjà mobilisé les hommes marocains pendant 18 mois de leur vie, de 1966 à 2006. Douze ans après sa suppression, le projet de loi 44-18 veut remettre le service militaire au goût du jour, dans une version plus moderne. Il pourrait concerner dorénavant filles comme garçons, âgés de 19 à 25 ans, pendant un an.

Un éventuel contre-feu

L’idée de ce retour sous les drapeaux fait suite à la publication de plusieurs rapports alarmants sur la jeunesse. Le dernier, publié par le Conseil économique, social et environnemental (CESE) du Maroc, s’inquiète du fossé «vertigineux» séparant les 11 millions de jeunes Marocains (de 15 à 34 ans) du reste de la population (inégalités, chômage, absence de perspectives…).

Un système de pacification
Plus que le rituel de passage à l’âge adulte d’antan, certains lui imaginent un rôle de désamorçage de la contestation sociale de rue venue de jeunes désœuvrés. Au cours de ces 12 mois de casernement, les conscrits sans diplômes pourraient aussi acquérir de nouvelles compétences et la jeunesse se retrouverait ainsi encadrée. Des systèmes de dérogations concerneraient les étudiants, les femmes ayant des enfants ou les personnes physiquement fragiles attestées par certificat médical.

Beaucoup de bruit(s) sur la Toile 

Les réseaux sociaux sont le reflet et l’exutoire des différents motifs de grogne de la jeunesse et plus largement de la population marocaine. A la fois échos des insatisfactions et miroirs des désespoirs. On peut y découvrir les sujets qui mobilisent les énergies. Ce qu’on y voit inquiète les autorités au plus haut point et alerte le CESE.

Le Conseil constate en effet que les Marocains sont «plus conscients de leurs droits et expriment davantage leur insatisfaction, leurs besoins et leurs attentes». Un constat qui incite le CESE à préconiser, en plus du retour du service militaire pour les jeunes, de «relancer l’ascenseur social» face à la persistance des inégalités. Et aussi de «rétablir la confiance du citoyen dans la capacité des institutions et des politiques publiques à résorber les inégalités».

Les interrogations

Pour autant, cette nouvelle conscription, qui prévoit que filles et garçons marocains, de 19 à 25 ans, seraient indistinctement et obligatoirement appelés sous les drapeaux pour une durée de 12 mois, va-t-elle concerner les jeunes binationaux nés à l’étranger? Des Belgo-Marocains interviewés sur une télévision belge montraient peu d’enthousiasme face à cette perspective. Comment revenir en vacances dans le pays de leurs parents s’ils sont réfractaires au service? Qu’en est-il des tout juste diplômés en recherche d’emploi? Les jeunes femmes vont-elles quitter le toit familial pendant un an? A l’inverse, comment justifier que seuls certains soient déclarés éligibles à cet appel sous les drapeaux?

Le projet de loi devra encore y répondre avant que cette conscription ne voie le jour.

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