Car à Dieu, tu retournais. J’ai aperçu, aussi, ta douce Thérèse, en sanglots alors que Dame République elle se lâchait et cachait avec charme ses larmes sous ses Sceaux.
La mort de l’être aimé est à jamais inscrite sur notre chair. C’est clair et souvent, sous le vent, nous voyons son visage effacé de la terre, en éclairs, lorsque nous fermons les paupières.
Le passé roule comme une pierre et, dans le présent souffrant abreuvé par l’arrière, nous revivons hier lorsque le disparu avait une santé de fer ; subitement, il n’était plus que corps sur une civière.
Je comprends ta veuve, comme j’ai compris, cet amoureux qui avait posé un acte ultime, mais horrible dans son sublime intime.
Celle qu’il aimait morte, il a cru agir de la sorte : il a attendu que tout le monde quitte les cimetières pour s’éborgner à l’aide d’une cuillère. Puis, il a enfoui l’œil dans la tombe de sa bien aimée pour veiller sur elle à ja- mais. Pour elle, il n’avait plus qu’un œil car l’autre veillait, sur sa princesse, depuis le cercueil.
Je souffrais donc, du cœur, pour Thérèse, lorsqu’à 11 heures 51 minutes, je t’ai vu. Non, je t’ai plutôt deviné. Mais, une fois n’est pas coutume, tu étais couché. Tu dormais comme l’autre du Val qui avait « sa main sur la poitrine, tranquille », dans ce cercueil alors que la foule te suivait dans le silence bruyant du deuil en priant pour que le Seigneur t’accueille.
Je te suivais du regard, visage sage mais pâle, jusqu’à ce que ce que tu arrives devant la Cathédrale. Puis, je suis parti et, de mes pensées versées à coups de versets, cette vérité est sortie : « Une fois de plus, la mort a perdu », comme je l’ai confié aux libellules qui survolaient l’Eglise, dans une parfaite harmonie avec la chorale, en leur expliquant que l’action venait de terrasser, avec son sabre, le Macabre. Car, ton temps terrestre a été suspendu lorsque l’ange a pris son dû pour nous laisser ton corps étendu. Mais, de par tes actes posés pour la République avec qui tu avais signé un pacte, tu as fait ton entrée dans la postérité et c’est exact.
« L’essentiel n’est pas dans le verbe qui périt mais dans l’acte qui de- meure », a affirmé Macky Sall. Hegel m’avait confié la même certitude par une soirée intense de lecture : « L’homme n’est rien d’autre que la série de ses actes ».
Et, des actes, tu en as semé en tas, tu en as posé tant, au fil du temps, exacte- ment depuis plus de quarante ans maintenant. Oui, la mort n’a pas vaincu et j’en suis plus que convaincu. Qui plus, tu avais compris, paraît-il, très tôt d’ailleurs, qu’autant vivre la mort dans la vie pour préparer la vie dans la mort. Tu as été porté sous terre, après les prières, et pourtant ton action refuse de se taire. Hors des cimetières, tes actes ont ainsi survécu à la matière.
Hors de Bel-Air, ton départ a ouvert une nouvelle ère, celle de ton mariage avec la postérité et tu l’as mérité. Ta mort n’est que le lancement du commencement, « un éternel retour du même », chanterait Zarathoustra, en passant.
Oui, Bruno, ton séjour terrestre n’était qu’un… protocole avant l’Eternité.

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